Retrofit moteur auto : transformer une voiture thermique en véhicule électrique en toute légalité

Retrofit moteur auto : transformer une voiture thermique en véhicule électrique en toute légalité

Transformer une voiture thermique en électrique, sans changer de carte grise et en restant parfaitement en règle, ça ressemble à un rêve de bricoleur… mais c’est aujourd’hui une réalité encadrée par la loi : c’est le retrofit électrique.

Si vous êtes attaché à votre auto actuelle, que vous roulez peu en ville à cause des ZFE, ou que vous ne trouvez pas d’électrique neuve qui vous fasse vibrer, le retrofit mérite clairement qu’on s’y attarde. On va voir ensemble ce que dit la loi, quels véhicules sont éligibles, comment se déroule un projet de retrofit et combien cela coûte réellement.

Retrofit : de quoi parle-t-on exactement ?

Le retrofit électrique consiste à retirer le moteur thermique (essence ou diesel) et tous ses organes associés (réservoir, échappement, parfois boîte de vitesses…) pour les remplacer par :

  • un moteur ou plusieurs moteurs électriques,
  • un pack de batteries,
  • un système de gestion de l’énergie (convertisseurs, chargeur embarqué, BMS…),
  • un nouveau faisceau et les interfaces nécessaires avec les systèmes existants (direction assistée, climatisation, instrumentation…).

Au final, on obtient une voiture qui se recharge sur une prise ou une borne, ne consomme plus de carburant fossile et peut obtenir une vignette Crit’Air 0, tout en conservant le châssis, l’habitacle et le charme du modèle d’origine.

Contrairement à un simple « swap moteur » sauvage, le retrofit en France est strictement encadré. L’idée n’est pas de fabriquer des dragsters de rue, mais des véhicules sûrs, homologués et assurables.

Que dit la loi en France sur le retrofit ?

Depuis l’ordonnance n° 2020-745 du 17 juin 2020 et l’arrêté du 13 mars 2020, le retrofit électrique est autorisé en France, à condition de respecter un certain nombre de règles très précises. Les grands principes :

  • Le véhicule doit avoir un certain âge : au moins 5 ans pour les voitures particulières et utilitaires légers. (2 ans pour les poids lourds et bus).
  • La transformation doit être réalisée par un professionnel habilité : un installateur agréé utilisant un kit homologué pour votre modèle ou votre famille de véhicules.
  • Les caractéristiques de base du véhicule doivent rester proches : le poids, la puissance et les performances ne peuvent pas être modifiés n’importe comment.
  • Le véhicule doit passer par une procédure d’homologation : montage conforme au dossier du kit, contrôle par l’UTAC ou dans le cadre d’une réception par type simplifiée, puis validation en préfecture.

Objectif : garantir qu’une voiture rétrofitée freine correctement, tient la route, ne risque pas l’incendie au premier nid-de-poule et ne transforme pas la batterie en projectile en cas de choc.

À l’issue de cette procédure, la mention énergie sur la carte grise passe à « Électrique » et le véhicule devient éligible aux régimes spécifiques (Crit’Air 0, aides, etc.).

Véhicules éligibles : est-ce que votre auto peut être rétrofitée ?

Sur le papier, la loi est assez large : la plupart des voitures particulières et utilitaires légers de plus de 5 ans sont éligibles. En pratique, tout dépend de l’offre de kits existants et de la faisabilité technique.

On distingue généralement plusieurs cas :

  • Les petites citadines thermiques (Clio, 208, C3, Twingo, etc.) : idéales pour un usage urbain après retrofit, avec des autonomies réalistes de 120 à 250 km.
  • Les compactes et berlines (Golf, Série 3, A4…) : techniquement possibles, mais nécessitent souvent des batteries plus conséquentes donc un budget plus élevé.
  • Les utilitaires légers (Kangoo, Partner, Berlingo, Trafic, etc.) : très recherchés par les artisans et petites flottes, pour rouler en ZFE en gardant la caisse qu’ils connaissent.
  • Les youngtimers et anciennes (2CV, Coccinelle, Mustang, 205 GTI…) : segment passion, moins rationnel économiquement, mais parfait pour conserver un véhicule de collection compatible avec les nouvelles restrictions de circulation.

Tous les modèles ne disposent pas encore de kits homologués. Le marché évolue vite, donc un modèle non éligible aujourd’hui pourra l’être demain. D’où l’intérêt de se renseigner auprès d’installateurs spécialisés et de surveiller les annonces de nouveaux kits.

Les grandes étapes d’un projet de retrofit

Un retrofit sérieux ne se décide pas sur un coup de tête. Voici comment se déroule, dans la plupart des cas, un projet bien mené :

Étude de faisabilité et choix du véhicule

Avant tout, il faut vérifier :

  • si un kit homologué existe pour votre modèle (ou famille de véhicules),
  • si l’état de la voiture justifie l’investissement (corrosion, châssis sain, freins, trains roulants, etc.),
  • votre usage réel : trajets quotidiens, type de routes, besoin d’autonomie, capacité de recharge à domicile.

Parfois, il est plus malin d’acheter un véhicule d’occasion en bon état, particulièrement adapté au retrofit (par exemple une citadine simple et légère), plutôt que de transformer à tout prix votre voiture actuelle si elle est fatiguée.

Dépose du groupe motopropulseur thermique

Le professionnel va retirer :

  • moteur thermique,
  • réservoir de carburant,
  • ligne d’échappement,
  • certains éléments de la ligne de refroidissement,
  • et éventuellement la boîte de vitesses (selon la conception du kit : directe ou réutilisation de la boîte d’origine).

Ce n’est pas un simple démontage « à la casse » : l’objectif est de préparer proprement le châssis pour accueillir la partie électrique, sans affaiblir les points de fixation ni compromettre la sécurité.

Installation du moteur électrique et des batteries

Ensuite viennent les éléments électriques :

  • moteur(s) électrique(s), fixés sur un berceau adapté,
  • batterie ou modules de batteries, positionnés de façon optimale (souvent à la place du réservoir, sous le plancher, ou dans le compartiment moteur),
  • chargeur embarqué, convertisseur DC/DC (pour alimenter le 12V), gestion thermique des batteries, etc.

Le kit homologué définit précisément l’implantation, le câblage haute tension, la gestion de la sécurité (coupure d’urgence, isolation…). On n’improvise pas : chaque modification doit être conforme au dossier technique déposé pour l’homologation.

Intégration électronique et essais

La partie la plus « invisible », mais cruciale :

  • interface avec la pédale d’accélérateur,
  • gestion du freinage régénératif,
  • adaptation de l’afficheur (jauge de batterie à la place du niveau de carburant, témoins de charge, etc.),
  • mise à jour ou remplacement de certains calculateurs.

Des essais routiers et des contrôles électriques (fuites, isolation, comportement en cas de coupure, etc.) sont ensuite réalisés. Le véhicule doit ensuite passer par un organisme agréé pour valider la conformité (UTAC ou équivalent), puis la DREAL pour la mise à jour de la carte grise.

Combien coûte un retrofit électrique ?

On arrive à la question qui fâche… ou pas, selon les cas. Les ordres de grandeur actuels (début 2020s) :

  • Petites citadines et petites anciennes : globalement entre 12 000 et 18 000 € TTC, selon la capacité de batterie et la complexité du montage.
  • Compactes, berlines, utilitaires : souvent entre 18 000 et 30 000 € TTC.
  • Projets très spécifiques ou haut de gamme (anciennes de collection, grosses berlines) : le ciel est la limite, 40 000 € et plus ne sont pas rares.

À cela, il faut déduire les aides éventuelles (on y vient juste après) et tenir compte du coût d’usage. Une voiture rétrofitée, c’est :

  • zéro plein de carburant,
  • un entretien réduit (plus de vidange moteur, plus d’échappement à remplacer, moins de pièces en mouvement),
  • un coût au kilomètre qui peut être divisé par 3 à 5 par rapport à un thermique, selon le prix de l’électricité et l’usage.

Évidemment, si vous faites 5 000 km par an, le retour sur investissement ne sera pas le même que pour un artisan qui roule 25 000 km/ an en utilitaire.

Aides financières et avantages fiscaux

L’État français a mis en place un coup de pouce spécifique au retrofit électrique, même s’il reste modeste par rapport au prix total de l’opération.

À l’heure où ces lignes sont écrites, on retrouve généralement :

  • Un bonus retrofit national (montant variable selon les années et les lois de finances, souvent autour de 2 500 € pour un particulier, davantage pour certains pros ou collectivités).
  • Des aides régionales ou locales : certaines régions, métropoles ou agglomérations proposent un complément (quelques centaines à plusieurs milliers d’euros), en particulier dans les territoires avec ZFE.
  • Des avantages fiscaux pour les entreprises : amortissement accéléré, exonération partielle de TVS, etc., comme pour un véhicule électrique classique.

Il est essentiel de vérifier les dispositifs en vigueur au moment où vous lancez le projet, car ces aides évoluent tous les ans. Un installateur sérieux sera en veille sur ces questions et pourra souvent vous accompagner dans les démarches.

Retrofit ou achat d’un véhicule électrique neuf ou d’occasion ?

La question stratégique : vaut-il mieux transformer votre voiture actuelle ou en acheter une autre déjà électrique ? La réponse dépend surtout de votre situation.

Le retrofit est particulièrement pertinent si :

  • vous êtes attaché à un modèle spécifique,
  • vous disposez d’un utilitaire ou d’une flotte déjà amortis, adaptés à vos besoins,
  • vous vivez dans ou à proximité d’une ZFE et voulez garder votre véhicule,
  • vous roulez assez pour que l’économie de carburant et d’entretien compense, à terme, l’investissement.

À l’inverse, l’achat d’un véhicule électrique neuf ou d’occasion est parfois plus logique si :

  • votre véhicule actuel est en mauvais état (corrosion, gros frais mécaniques à prévoir),
  • vous trouvez sur le marché de l’occasion un modèle électrique qui correspond parfaitement à vos besoins pour un prix similaire ou inférieur au retrofit,
  • vous voulez les dernières assistances à la conduite et équipements high-tech, plus rares sur des véhicules plus anciens rétrofités.

On peut résumer ainsi : le retrofit est moins un « bon plan financier universel » qu’une solution intelligente pour prolonger la vie d’un véhicule adapté à votre usage, tout en évitant le gâchis environnemental et les contraintes des ZFE.

Exemples concrets : à quoi ressemble une auto rétrofitée ?

Pour rendre tout ça plus concret, quelques scénarios typiques que les ateliers de retrofit rencontrent souvent :

  • Le commerçant en centre-ville
    Propriétaire d’un petit utilitaire diesel parfaitement entretenu, mais désormais interdit en centre-ville à cause de la ZFE. Plutôt que de changer de véhicule et de réinvestir dans un autre utilitaire neuf, il fait rétrofiter son fourgon. Coût significatif, mais beaucoup plus faible que l’achat d’un utilitaire électrique neuf équivalent. Résultat : même volume de chargement, même ergonomie, accès en centre-ville, plus de plein de diesel.
  • L’amateur de youngtimer
    Une 205 GTI, une BMW E30 ou une Golf 1 cabriolet… La voiture est en excellent état mais devient difficile à sortir en ville le weekend, à cause des restrictions de circulation. Le retrofit permet de rouler avec une « ancienne » propre et silencieuse, tout en conservant la ligne et le caractère du modèle. On perd le bruit du moteur, certes, mais on gagne un agrément de conduite très moderne.
  • Le particulier qui garde sa voiture longtemps
    Une citadine essence simple, fiable, entretenue depuis des années. Le propriétaire n’est pas fan des écrans partout et des interfaces tactiles. Le retrofit lui permet de garder une voiture qu’il connaît sous toutes les coutures, mais qui devient électrique, économique et compatible ZFE.

Les erreurs à éviter si vous envisagez un retrofit

Comme pour tout projet automobile, quelques pièges classiques sont à éviter :

  • Se lancer dans un retrofit « maison » sans homologation
    Oui, on trouve des forums et des vidéos de conversions DIY. Non, ce n’est pas une bonne idée si vous voulez rouler sur route ouverte en France. Sans homologation, vous risquez une immobilisation du véhicule, une absence de couverture d’assurance et de gros ennuis en cas d’accident.
  • Retrofit d’une voiture en fin de vie
    Si la carrosserie est pourrie, que les longerons sont attaqués ou que les trains roulants sont rincés, investir 15 000 € dans un retrofit n’a aucun sens. Mieux vaut partir d’une base saine ou en racheter une.
  • Choisir une autonomie irréaliste
    Vouloir transformer une petite citadine de 900 kg en routière de 500 km d’autonomie, c’est le meilleur moyen de tout déséquilibrer (poids, comportement routier, coût). Il faut concevoir le retrofit en fonction d’un usage réaliste, souvent urbain ou périurbain.
  • Oublier la recharge
    Avoir une voiture électrique sans solution de recharge pratique (prise à domicile, borne au travail, parking équipé) devient vite frustrant. Avant de lancer le projet, assurez-vous que la question de la recharge est réglée.

Questions fréquentes autour du retrofit

Peut-on encore rouler à l’étranger avec une voiture rétrofitée ?
Oui, la transformation est homologuée et la carte grise mentionne clairement « Électrique ». Pour les pays voisins, c’est perçu comme un véhicule électrique classique. Pensez simplement à votre autonomie et aux possibilités de recharge selon le pays.

La vignette Crit’Air devient-elle 0 ?
Oui, une fois le retrofit homologué et la carte grise modifiée, le véhicule est considéré comme 100 % électrique et peut obtenir une vignette Crit’Air 0.

Que deviennent le moteur thermique et les pièces déposées ?
En général, ils sont repris par le professionnel, soit pour revente en pièces détachées, soit pour recyclage. Certains ateliers proposent de vous les restituer si vous le souhaitez, mais cela n’a que peu d’intérêt pratique pour la plupart des clients.

L’assurance accepte-t-elle facilement un véhicule rétrofité ?
Les assureurs sont de plus en plus habitués à ce type de modification, à condition que la transformation soit homologuée et mentionnée sur la carte grise. Il peut être utile de passer par un courtier ou de contacter des compagnies déjà familières du retrofit.

Retrofit : un pont entre passion auto et transition électrique

Le retrofit moteur auto, c’est une manière intelligente de réconcilier deux mondes qui semblent parfois s’opposer : l’attachement aux belles mécaniques « d’avant » et la nécessité, aujourd’hui, de rouler plus propre et de s’adapter aux ZFE.

Pour certains conducteurs, le bon choix sera une voiture électrique neuve, moderne, bourrée d’aides à la conduite. Pour d’autres, la meilleure option sera de prolonger la vie d’une auto à laquelle ils tiennent, en lui offrant un cœur électrique tout en conservant sa silhouette, sa position de conduite, son histoire.

Si vous commencez à y penser sérieusement, le premier réflexe à avoir est simple : faire un bilan objectif de votre usage, de l’état de votre véhicule et de votre budget, puis en discuter avec un professionnel qui maîtrise à la fois la technique et le cadre légal. C’est à cette condition que votre projet de retrofit sera non seulement légal, mais surtout cohérent sur le long terme.